S8 - 2026 ~2 mois

MOAE - BeBlood

Cadrer et chiffrer la refonte du système RH d'un groupe de 12 000 collaborateurs sur cinq pays, sans jamais le développer. Chef de projet d'une équipe de six, côté maîtrise d'ouvrage.

Maîtrise d'ouvrage Chiffrage Cadrage Conseil

Le projet en quelques mots

Le client fictif, BeBlood, exploite un système de gestion des ressources humaines devenu ingérable : des outils différents selon les pays, des données éparpillées, aucune vision consolidée. Notre mission consistait à définir la cible, à en construire la trajectoire et à en chiffrer le programme sur trois ans - le tout à défendre devant un jury.

12 000 collaborateurs
25 entités juridiques
5 pays
3 ans de programme à chiffrer

Mon rôle : chef de projet

J'ai piloté l'équipe de six sur toute la durée du projet : répartition des lots entre les membres, animation des points d'avancement, arbitrages de méthode, et cohérence d'ensemble entre les livrables. Sur le fond, j'ai porté deux volets en propre.

Pour le premier, je ne me suis pas limité au sujet : j'ai sollicité un entretien avec une personne exerçant réellement en ressources humaines, afin de comprendre de quoi son métier est fait. Concevoir un outil pour une profession qu'on ne connaît que par un énoncé mène à des contresens ; une heure de discussion apprend des contraintes qu'aucun document de cadrage ne mentionne.

Compréhension du métier RH et cible

Entretien avec une personne exerçant en ressources humaines pour comprendre le métier au-delà du sujet, puis diagnostic de l'existant et définition de la cible retenue.

Ma contribution

Chiffrage du programme

Construction du modèle d'estimation, méthode de calcul des charges, triangulation des résultats et notes de méthode associées.

Ma contribution

Cadre juridique

Contraintes réglementaires applicables aux données de personnel dans un contexte multi-pays.

Autres membres

Existant et comparatif marché

Cartographie des outils en place et étude comparative des solutions du marché.

Autres membres

Découper par valeur, jamais par produit

La première décision structurante a porté sur le découpage du programme. La tentation naturelle est d'organiser les chantiers autour des logiciels retenus - un chantier par outil. Nous avons tranché dans l'autre sens : découper selon les besoins métier auxquels le programme répond.

La raison est concrète. Un découpage par produit rend le programme dépendant des choix d'éditeurs, qui ne seront arrêtés qu'à l'appel d'offres ; un découpage par besoin reste valable quel que soit l'outil finalement retenu, et reste compréhensible par les directions métier qui doivent le valider.

Nous avons également fixé un vocabulaire strict, pour éviter que chacun n'emploie les mêmes mots avec des sens différents :

Programme

L'ensemble de la refonte, sur trois ans et cinq pays.

Chantier

Un grand besoin métier - sept au total, du référentiel des collaborateurs à la conduite du changement.

Projet

Une brique livrable à l'intérieur d'un chantier, avec son propre chiffrage.

Tâche

Le grain élémentaire, celui sur lequel s'estime la charge.

Chiffrer ce qui n'existe pas encore

Le cœur de l'exercice était là : produire un budget crédible pour un programme dont aucune ligne n'est écrite, dont les éditeurs ne sont pas choisis, et dont les devis n'existent pas. La difficulté n'est pas de calculer - c'est de savoir ce que vaut chaque chiffre qu'on avance.

J'ai donc construit le modèle en distinguant explicitement trois natures de données, et je l'ai écrit noir sur blanc dans une note de méthode :

Sourcé

Les unités

Tarifs journaliers par profil et prix catalogue des licences, tirés de sources publiques référencées.

Sourcé

Les bornes

Des ratios de marché qui encadrent les totaux, par exemple le coût d'intégration rapporté à l'abonnement annuel.

Jugement

La répartition

Le découpage de l'enveloppe entre chantiers, pondéré par leur complexité. C'est un raisonnement, pas une mesure.

Chaque résultat a ensuite été vérifié par deux chemins indépendants : une approche descendante, qui part de l'enveloppe globale et l'encadre par des ratios de marché, et une approche ascendante, qui décompose le chantier en tâches dimensionnées une à une. Quand les deux convergent, l'ordre de grandeur tient. Quand elles divergent, c'est qu'une hypothèse est fausse quelque part - et il faut aller la chercher.

Enfin, le budget n'est pas présenté comme un nombre unique. Il est exprimé en fourchettes assorties d'un niveau d'engagement, avec une réserve de risque au-delà : une manière de dire au commanditaire ce qu'il peut raisonnablement provisionner, plutôt que de lui promettre une précision que le stade du projet ne permet pas.

Assumer ce qu'on ne sait pas

La note de méthode que j'ai rédigée pour accompagner le chiffrage comporte une section « limites assumées ». Elle reconnaît qu'aucune base publique ne donne des charges à ce niveau de détail, que les chiffrages d'intégrateurs sont confidentiels, et que deux des trois solutions envisagées ne sont vendues que sur devis.

Le détail ligne par ligne ne peut pas être prouvé aujourd'hui. Ce qui est solide dès maintenant : les unités et l'enveloppe globale, ancrées sur des références. Le reste est une hypothèse de cadrage transparente.

Extrait de ma note de méthode accompagnant le chiffrage.

Ce n'était pas une précaution rhétorique. Écrire cette limite change la manière dont le budget est reçu : il devient une base de discussion et de négociation pour l'appel d'offres, pas un engagement que personne ne pourrait tenir. C'est aussi ce qui permet de défendre le chiffrage devant un jury - on ne peut pas être pris en défaut sur une prétention qu'on n'a pas formulée.

Synthèse du projet

Travail réalisé

Le pilotage d'une équipe de six sur un cadrage complet : diagnostic de l'existant, définition de la cible, découpage du programme en sept chantiers orientés besoin, et construction d'un modèle de chiffrage triangulé sur trois ans, défendu en soutenance finale.

Ce que le projet m'a apporté

Une leçon sur la valeur d'un chiffre. Estimer un projet qui n'existe pas encore n'est pas un exercice de calcul mais de traçabilité : savoir, pour chaque montant, s'il repose sur une source, sur un ratio ou sur son propre jugement - et le dire. C'est ce qui distingue une estimation défendable d'un nombre sorti d'un tableur.